27 avril 2026
Av P.E. Lumumba
Société

Voyager ou nourrir son motard ? La colère monte à Bunyakiri

Une pratique inhabituelle et de plus en plus décriée s’installe sur l’axe routier Miti–Bulambika, sur la Route nationale n°3. Des conducteurs de moto-taxi sont accusés d’exiger de leurs passagers la prise en charge de leur nourriture en cours de trajet, notamment à hauteur du centre de Bitale dans la chefferie de Buloho en territoire de Kalehe au Sud-Kivu. 

Selon plusieurs témoignages recueillis sur le parking de Bulambika, cette exigence survient généralement après un accord préalable sur le prix du transport. Une situation qui place les voyageurs dans une position inconfortable, parfois conflictuelle.

« On se met d’accord sur le prix avant le départ. Mais en route, le motard exige qu’on lui paie à manger. Si tu refuses, cela crée des tensions », déplore un habitant de Bulambika, évoquant une pratique devenue récurrente ces dernières semaines.

Certains passagers affirment même être contraints d’accepter ces conditions par crainte d’être abandonnés en chemin ou de ne pas trouver un autre moyen de transport. Une pression jugée abusive par les usagers.

Du côté des motards, les avis sont partagés. L’un d’eux, actif sur l’axe Bukavu–Bunyakiri, reconnaît l’existence du phénomène, tout en s’en désolidarisant : « Je n’ai jamais obligé un client à me payer à manger. Je transporte mon passager jusqu’à destination comme convenu. S’il veut m’inviter, c’est volontaire, pas une obligation. »

Selon ce dernier, cette pratique serait importée des zones minières, où certaines réalités économiques poussent les conducteurs à solliciter une prise en charge alimentaire de la part des clients. « C’est une imitation. Mais ici, cela ne correspond pas à nos habitudes », estime-t-il.

Dans la chefferie de Buloho, cette tendance suscite un malaise croissant. Entre hausse du coût de la vie et faible rentabilité de certaines courses, certains motards tentent de justifier ces exigences. Toutefois, d’autres professionnels du secteur redoutent une détérioration de la confiance avec la clientèle.

Face à cette situation, les habitants appellent à l’intervention des autorités locales. « Nous demandons aux responsables d’encadrer ce secteur avant que cela ne devienne incontrôlable », plaide un usager régulier de la RN3.

Contacté, le président local de l’Association nationale des motards n’a pas souhaité réagir.

En attendant une éventuelle régulation, cette pratique continue d’alimenter les débats dans la région, révélant les tensions entre les réalités économiques des conducteurs et les droits des passagers.

Amos Wetekayi Pacifique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *