La raréfaction de la farine de manioc produite localement pousse de nombreux commerçants du marché central de Minova, dans le territoire de Kalehe, à s’approvisionner à Goma. Une situation qui suscite des inquiétudes chez les vendeuses et les consommateurs, lesquels dénoncent la qualité de cette farine, qu’ils estiment différente de celle habituellement produite dans la région.
Selon la présidente des vendeuses du marché, qui a requis l’anonymat, l’insécurité persistante a contraint de nombreux agriculteurs à abandonner leurs champs, entraînant une baisse considérable de la production de manioc dans plusieurs localités de Kalehe.
« Depuis près de deux ans, les champs sont abandonnés à cause de la guerre. Nous ne trouvons presque plus de farine produite ici. Nous sommes obligées d’aller nous approvisionner à Goma », explique-t-elle.
Plusieurs commerçantes affirment que la farine en provenance de Goma est moins appréciée par les consommateurs. Elles soutiennent que certains clients la trouvent anormalement sucrée et craignent qu’elle ne soit mélangée à d’autres produits, alimentant ainsi des interrogations sur sa qualité.
« Les clients nous disent que cette farine est très sucrée. Certains refusent de l’acheter parce qu’ils craignent qu’elle ne soit pas bonne pour la santé. Ils redoutent notamment qu’une consommation régulière puisse favoriser certaines maladies comme le diabète », rapporte une vendeuse.
À ces inquiétudes s’ajoutent les nombreuses taxes imposées tout au long du circuit d’approvisionnement. Les commerçantes indiquent payer des frais à Goma, sur les différents axes routiers ainsi qu’au marché de Minova, ce qui augmente le prix de vente et réduit leurs bénéfices.
Face à cette situation, elles demandent aux autorités de renforcer les contrôles sur la qualité de la farine commercialisée et de créer les conditions permettant aux agriculteurs de reprendre les activités dans les zones de production du territoire de Kalehe.
Depuis 2024, les conflits armés, les inondations et les déplacements de populations ont fortement affecté la production agricole dans le groupement de Buzi. Outre la farine de manioc, plusieurs denrées de base, dont les haricots, les pommes de terre et le colocase, se font de plus en plus rares, accentuant l’insécurité alimentaire dans cette partie du Sud-Kivu.
John Sekeli, à Minova
