Le Collectif des Journalistes de l’Ituri (CJI) dénonce la faible implication de la presse locale dans la riposte contre la maladie à virus Ebola. Dans un communiqué publié le 31 août, le collectif réclame davantage de considération, d’implication et d’accompagnement des médias locaux.
Depuis la déclaration de l’épidémie en Ituri, les journalistes de la province affirment s’être mobilisés pour accompagner les efforts de sensibilisation auprès des communautés.
« À travers les reportages, émissions, journaux parlés, publications en ligne et autres productions journalistiques, les professionnels des médias ont contribué à diffuser des messages de prévention, à encourager le respect des mesures barrières et à lutter contre les rumeurs et la désinformation autour de la maladie Ebola », souligne le CJI.
Selon le collectif, cet engagement aurait contribué à améliorer l’adhésion de certaines communautés aux mesures de prévention et à favoriser la collaboration entre la population et les équipes de riposte.
Cependant, plus de trois mois après le début de l’épidémie, le CJI dit constater une faible implication des journalistes locaux dans le dispositif de communication.
« Le Collectif constate avec profonde indignation la faible implication des journalistes locaux ainsi que leurs structures dans le dispositif de communication de la riposte », déplore-t-il.
Le CJI pointe notamment le manque d’accompagnement des médias locaux, la faible considération accordée aux journalistes engagés dans la couverture de la crise sanitaire ainsi que l’utilisation de certaines productions journalistiques sans consultation préalable de leurs auteurs.
L’expertise locale mise en avant
Le collectif estime également que l’expertise des journalistes locaux reste insuffisamment valorisée dans la communication autour de l’épidémie.
« Les journalistes de l’Ituri connaissent les réalités socioculturelles des communautés locales, leurs langues, leurs habitudes ainsi que leurs sensibilités. Ils constituent ainsi des acteurs essentiels pour une communication de proximité efficace et adaptée au contexte local », affirme le CJI.
Pour cette organisation professionnelle, une riposte qui vise à mobiliser toutes les forces disponibles ne devrait pas laisser de côté les compétences locales.
« Les journalistes de l’Ituri ne réclament pas un traitement de faveur. Ils exigent respect, considération, reconnaissance professionnelle et implication effective dans une riposte à laquelle ils contribuent depuis le début de la crise sanitaire », insiste le collectif.
Des initiatives restées sans suite
Le CJI dénonce également plusieurs contrats et initiatives portant sur la lutte contre l’infodémie, la désinformation et les fausses rumeurs qui, selon lui, n’ont pas connu de concrétisation.
Le collectif réclame par ailleurs une meilleure prise en compte du travail produit par les médias locaux.
Il demande notamment que les productions journalistiques réalisées dans le cadre de la riposte reportages, points de presse, conférences de presse et autres contenus soient rémunérées conformément aux factures des médias, plutôt que de se limiter au remboursement des frais de transport.
Un ultimatum de 72 heures
Face à ces préoccupations, le CJI affirme avoir entrepris plusieurs démarches auprès des responsables de la riposte afin d’obtenir une rencontre et d’engager un dialogue. Selon le collectif, ces démarches sont restées sans suite.
Le CJI accorde désormais un délai de 72 heures aux responsables de la riposte en Ituri, notamment ceux de l’INSP, de l’INRB, de la Division provinciale de la santé et aux autres acteurs concernés.
« Le Collectif des Journalistes de l’Ituri accorde un ultimatum de 72 heures aux responsables de la riposte en Ituri », annonce le communiqué.
Le collectif exige, durant ce délai, une rencontre avec les représentants des journalistes afin d’aborder leurs préoccupations et de rechercher des solutions.
Vers une possible suspension de la couverture ?
Le CJI prévient qu’en l’absence de réponse concrète au terme de cet ultimatum, il pourrait prendre des mesures concernant la couverture et la diffusion des informations liées à la riposte contre Ebola.
« Passé le délai de 72 heures sans rencontre ni réponse concrète, le Collectif des Journalistes de l’Ituri prendra ses responsabilités et mettra en œuvre sa décision vis-à-vis de la couverture et de la diffusion des informations et activités liées à la riposte contre Ebola en province de l’Ituri et cela jusqu’à nouvel ordre », avertit le collectif.
Le CJI précise toutefois que cette éventuelle décision ne signifierait pas un abandon de la sensibilisation contre Ebola.
« Cette décision ne constituera pas un désengagement des journalistes face à l’épidémie. Elle sera une mesure de protestation contre leur marginalisation, leur exclusion du dispositif de communication et l’absence de considération accordée à leur travail », précise-t-il.
Le collectif affirme rester ouvert au dialogue avec les autorités sanitaires et les partenaires de la riposte. Il appelle également les rédactions de l’Ituri à poursuivre leur travail d’information et de sensibilisation de la population.
Pour le CJI, la lutte contre Ebola demeure une responsabilité collective et ne peut être pleinement efficace sans l’implication des acteurs locaux.
« Aucune riposte ne peut prétendre être pleinement efficace en marginalisant les acteurs locaux qui sont quotidiennement au contact des communautés », conclut le Collectif des Journalistes de l’Ituri.
