Un rapport publié mercredi par l’ONG internationale Human Rights Watch (HRW) accuse le mouvement rebelle AFC-M23 de graves violations des droits humains dans des camps situés à Rumangabo et Tshanzu, dans l’est de la République démocratique du Congo. L’organisation évoque notamment des recrutements forcés de civils, y compris d’enfants, des détentions arbitraires, des mauvais traitements et des exécutions sommaires présumées.
Selon Human Rights Watch, l’enquête repose sur des entretiens menés auprès de 102 anciens détenus ayant fui les camps, été déployés au sein du M23 ou s’étant rendus aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). L’ONG affirme également avoir recueilli des témoignages auprès de témoins d’abus ainsi que de sources issues des Nations Unies, des services de renseignement, des médias et du corps diplomatique.
Le rapport soutient que le M23 aurait intensifié ses campagnes de recrutement depuis 2024, particulièrement après l’expansion de son contrôle territorial dans l’est du pays en 2025. Des milliers de personnes, parmi lesquelles des soldats, des policiers, des membres des groupes Wazalendo et des civils, auraient été recrutées, parfois sous la contrainte. Human Rights Watch affirme que certains enfants âgés de seulement 12 ans figureraient parmi les personnes concernées.
L’organisation rapporte également que des personnes détenues dans les camps de Rumangabo et Tshanzu auraient été soumises à des conditions de vie particulièrement difficiles, marquées par le manque de nourriture, d’eau et de soins médicaux. Des témoignages font état de violences physiques et d’exécutions visant notamment des personnes accusées de tentative d’évasion.
Human Rights Watch affirme par ailleurs avoir recueilli des éléments suggérant la présence de militaires rwandais lors des opérations de recrutement et dans les camps. L’ONG estime que le soutien présumé du Rwanda au M23 pourrait engager la responsabilité des autorités rwandaises au regard du droit international humanitaire.
L’organisation appelle les Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne et les États-Unis à dénoncer publiquement ces abus et à envisager des sanctions ciblées contre les responsables présumés. Elle invite également les autorités congolaises et la Cour pénale internationale à poursuivre les enquêtes sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité allégués.
L’AFC-M23 dénonce un rapport « déséquilibré »
En réaction, l’AFC-M23 a rejeté avec fermeté les conclusions du rapport de Human Rights Watch. Dans un communiqué publié mercredi, le mouvement affirme que le document est « profondément déséquilibré, sélectif, entaché d’inexactitudes et déconnecté des réalités du terrain ».
Le mouvement accuse l’ONG de concentrer ses enquêtes presque exclusivement sur l’AFC-M23 tout en accordant, selon lui, une attention insuffisante aux violations attribuées aux forces gouvernementales et à leurs alliés.
Concernant les accusations de recrutement forcé, l’AFC-M23 les qualifie d’« infondées » et affirme que son processus de mobilisation est volontaire, public et documenté. Le mouvement soutient que les activités de recrutement se déroulent ouvertement et qu’elles sont largement visibles à travers des images et vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.
L’AFC-M23 estime également que Human Rights Watch applique des standards différents aux diverses parties impliquées dans le conflit. Le mouvement affirme que des images montrant des enfants en uniforme au sein des forces alliées au gouvernement congolais ou des victimes civiles de bombardements dans certaines zones de conflit ne bénéficient pas du même niveau d’attention.
Tout en contestant les conclusions du rapport, l’AFC-M23 appelle les médias, les chercheurs indépendants et les partenaires internationaux à examiner les accusations de manière critique et à ne pas considérer les conclusions de Human Rights Watch comme définitives.
Le mouvement réaffirme son engagement en faveur du respect du droit international humanitaire et demande la mise en place de mécanismes d’enquête qu’il juge indépendants et impartiaux.
Cette nouvelle controverse intervient dans un contexte de conflit persistant dans l’est de la RDC, où les accusations de violations des droits humains continuent d’alimenter les tensions entre les différentes parties impliquées dans les hostilités.
