À Minova, dans la province du Sud-Kivu, la Zone de santé de Minova et le Programme national de santé mentale, avec l’appui de plusieurs partenaires humanitaires et sanitaires, ont commémoré, ce mardi 13 octobre 2026, la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée chaque année le 10 octobre. Cette activité a été marquée par une caravane de sensibilisation et des appels à lutter contre la stigmatisation des personnes souffrant de troubles mentaux.
Placée sous le thème de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « Expériences vécues, voix entendues : des voix authentiques, des changements réels », et le thème national, « Quand les voix sont entendues, le changement devient réel : agir pour la santé mentale », cette célébration a réuni des autorités locales, des leaders communautaires et des prestataires de santé.
La manifestation a débuté au bureau central de la Zone de santé de Minova avant de se poursuivre par une caravane jusqu’à Buganga, une localité située à environ deux kilomètres du centre commercial de Minova. Tout au long du parcours, les participants ont sensibilisé la population à l’importance de la santé mentale, à la nécessité d’une prise en charge adaptée et au respect des personnes concernées.
Briser les préjugés et lutter contre la stigmatisation
Pour le docteur Lavie Kasidika, la situation demeure préoccupante face à l’augmentation des cas de troubles mentaux et à la persistance de croyances qui entravent l’accès aux soins.
Selon lui, certaines personnes continuent d’attribuer les troubles mentaux à des causes surnaturelles, à une possession par de mauvais esprits ou au non-respect de prétendus contrats conclus avec ces derniers. Ces perceptions exposent les personnes malades à l’exclusion, à l’enfermement dans des maisons de guérisseurs et à diverses formes de mauvais traitements.
Face à cette réalité, les acteurs de la santé mentale appellent la communauté à privilégier l’écoute, la compréhension et l’accompagnement, plutôt que la stigmatisation, afin de permettre aux personnes concernées d’accéder aux soins dont elles ont besoin.
Plus de 5 200 nouveaux cas enregistrés en huit mois
Les données communiquées par la Zone de santé de Minova font état de 5 276 nouveaux cas de troubles neuropsychiatriques et psychosociaux enregistrés entre janvier et août 2026 dans les structures de prise en charge, notamment à l’Hôpital général de référence de Minova.
Parmi les cas rapportés figurent 2 511 cas de syndrome de stress post-traumatique, soit 47,5 % ; 1 023 cas de dépression, représentant 19,3 % ; 415 cas de toxicomanie, soit 7,8 % ; et 226 cas de psychose aiguë, correspondant à 4,2 %. Les structures sanitaires ont également rapporté 52 tentatives de suicide, soit 0,9 %.
Ces chiffres illustrent l’ampleur des besoins en matière de santé mentale dans une zone confrontée à de multiples difficultés, notamment les atrocités liées aux conflits, l’insécurité, les épidémies et les catastrophes naturelles.
Pour les organisateurs, cette situation souligne l’urgence de renforcer la sensibilisation, la prévention et l’accès aux services de santé mentale, particulièrement au bénéfice des personnes affectées par les traumatismes et les violences.
Un appel à la responsabilité collective
Les représentants des organisations partenaires, dont Médecins Sans Frontières (MSF) Espagne, Médecins du Monde Belgique, TPO RDC, l’IRC, ALIMA, Fracarita RDC, la Fondation Panzi et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), ont apporté leur appui à cette initiative.
Du côté de MSF, l’accent a été mis sur la nécessité de renforcer la prise de conscience collective autour des enjeux de santé mentale. L’objectif est notamment d’encourager les familles et les communautés à reconnaître les signes de détresse psychologique et à orienter les personnes concernées vers les structures de prise en charge.
De son côté, Anicet Bujiri, mobilisateur communautaire au sein de la Zone de santé de Minova, a également appelé la population à s’impliquer davantage dans la promotion de la santé mentale et à contribuer à la lutte contre les préjugés.
Selon les prestataires sanitaires, cette activité constitue la première célébration de la Journée mondiale de la santé mentale organisée dans la Zone de santé de Minova.
À travers cette initiative, les organisateurs rappellent que la santé mentale est une composante essentielle de la santé globale. Ils insistent sur la nécessité d’écouter les personnes concernées, de respecter leur dignité et de leur garantir un accompagnement sans discrimination.
Jackson Maliyabwana
