21 octobre 2026
Av P.E. Lumumba
Actualités

RDC : les propos attribués à Fils Mukoko suscitent l’indignation, la justice ouvre une enquête

Les déclarations attribuées à Fils Mukoko, directeur général adjoint de la Régie d’assainissement de Kinshasa et présenté comme proche du parti présidentiel, provoquent une vive controverse en République démocratique du Congo. Après la condamnation ferme du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, l’UDPS/Tshisekedi a pris ses distances avec les propos incriminés. De son côté, le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire afin de faire la lumière sur cette affaire.

La polémique a éclaté après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo dans laquelle Fils Mukoko évoquerait la distribution d’armes à la population et tiendrait des propos menaçants à l’égard des ressortissants occidentaux présents à Kinshasa.

Dans la séquence devenue virale, il déclare notamment : « Nous allons distribuer des armes, même sur les terrains de football. Nous allons distribuer des armes, même dans les églises. Nous allons distribuer des armes, même dans les universités ».

L’intéressé évoque ensuite les difficultés que pourraient rencontrer les ressortissants occidentaux pour quitter la capitale congolaise. « Les Occidentaux qui sont ici auront du mal à sortir de Kinshasa. Ils auront du mal à en sortir », affirme-t-il.

Au cours de la même intervention, il appelle également à une mobilisation devant l’ambassade de Belgique à Kinshasa, annonçant l’organisation d’un « méga sit-in ».

Alors que les circonstances exactes de ces déclarations restent à établir, leur diffusion a entraîné plusieurs réactions politiques et institutionnelles, notamment au sein du gouvernement et du parti présidentiel.

Patrick Muyaya condamne des déclarations jugées extrêmement graves

Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a réagi à la diffusion de la vidéo en condamnant catégoriquement les propos attribués à Fils Mukoko. Il a tenu à préciser que ces déclarations ne représentent ni la position du gouvernement ni celle des institutions publiques.

Dans sa réaction, il qualifie les propos de « d’une horreur absolue » et souligne qu’ils n’engagent aucunement les autorités gouvernementales.

Patrick Muyaya indique également que plusieurs structures compétentes ont été saisies pour examiner l’affaire et déterminer les mesures appropriées.

Il cite notamment le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), l’hôtel de ville de Kinshasa ainsi que d’autres services concernés.

Cette prise de position vise à marquer une séparation claire entre les déclarations controversées et la position officielle des autorités congolaises. Les propos évoquant la distribution d’armes et les menaces contre des ressortissants étrangers soulèvent en effet des préoccupations liées à la sécurité publique et aux relations avec les représentations diplomatiques présentes dans le pays.

L’UDPS/Tshisekedi rejette toute implication dans les initiatives annoncées

La controverse a également provoqué une réaction au sein de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS/Tshisekedi). Dans un communiqué daté du 21 octobre 2026 et signé par son président intérimaire, Augustin Kabuya Tshilumba, le parti présidentiel condamne les propos attribués à Fils Mukoko et nie avoir autorisé les initiatives évoquées dans la vidéo.

La formation politique affirme notamment qu’elle ne soutient aucune démarche visant à mettre des armes à la disposition de la population en dehors des procédures légales et des institutions chargées de la défense et de la sécurité nationales.

Dans son communiqué, l’UDPS/Tshisekedi dénonce « toute initiative visant à distribuer des armes à la population en dehors du cadre légal et des institutions constitutionnellement habilitées à assurer la défense et la sécurité nationales ».

Le parti précise par ailleurs que Fils Mukoko n’exerce aucune fonction en son sein et qu’il n’a reçu aucun mandat lui permettant de s’exprimer ou d’agir en son nom dans cette affaire.

Selon le document, aucune décision, autorisation ou instruction des organes compétents de la formation politique n’a validé les initiatives évoquées.

L’UDPS rappelle également que la non-violence fait partie de son héritage politique depuis sa fondation, le 15 février 1982, sous l’impulsion d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba et d’autres membres fondateurs.

Tout en réaffirmant son attachement à la liberté d’expression et au droit de manifester pacifiquement, le parti souligne que ces libertés doivent s’exercer dans le respect de la législation congolaise, de la sécurité des personnes et des biens, ainsi que des engagements internationaux de la RDC, particulièrement ceux relatifs à la protection des missions diplomatiques.

Enfin, la formation présidentielle appelle ses responsables, militants et sympathisants à faire preuve de prudence et de responsabilité. Elle affirme ne pas pouvoir être tenue responsable des initiatives auxquelles elle assure n’avoir pris aucune part.

Guillaume Ngefa annonce une enquête judiciaire

Au-delà des réactions politiques, l’affaire a pris une dimension judiciaire. Le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a annoncé avoir donné instruction au procureur général près la Cour de cassation d’ouvrir une enquête.

Cette démarche vise à vérifier les faits rapportés à la suite de la diffusion de la vidéo attribuée à Fils Mukoko, présenté comme un militant de l’UDPS.

Le ministère de la Justice souligne la gravité des déclarations diffusées, qui font notamment référence à une éventuelle distribution d’armes dans des espaces publics tels que les terrains de football, les églises et les universités. Les propos visant les ressortissants occidentaux présents en République démocratique du Congo font également partie des éléments signalés.

Pour Guillaume Ngefa, la gravité de ces déclarations justifie une intervention des autorités judiciaires afin d’établir les faits et d’en apprécier les éventuelles conséquences au regard de la loi.

Le ministre rappelle que la liberté d’expression est garantie par la Constitution congolaise, mais qu’elle ne peut être invoquée pour justifier des menaces, des actes d’intimidation ou des comportements susceptibles de mettre en danger la vie d’autrui.

Il estime que, dans un État de droit, toute allégation de cette nature doit faire l’objet de vérifications judiciaires menées dans le respect des dispositions légales et des droits de toutes les personnes concernées.

Le ministère réaffirme, dans le même temps, la volonté du gouvernement de protéger les personnes et leurs biens, de maintenir l’ordre public et de veiller au respect de la légalité sur l’ensemble du territoire national.

Quelles conséquences pour Fils Mukoko ?

La diffusion de cette vidéo place désormais Fils Mukoko au cœur d’une affaire mêlant enjeux politiques, sécuritaires et judiciaires. Les condamnations exprimées par le gouvernement et la prise de distance de l’UDPS/Tshisekedi montrent la volonté des institutions concernées de se démarquer des propos qui lui sont attribués.

L’annonce d’une enquête judiciaire ouvre une nouvelle étape dans le traitement du dossier. Les investigations devront notamment permettre de vérifier les circonstances dans lesquelles les déclarations ont été faites, d’en établir la portée exacte et d’identifier les éventuelles responsabilités, conformément à la loi.

Il convient toutefois de rappeler qu’une enquête annoncée ne constitue ni une preuve de culpabilité ni une décision judiciaire. Les responsabilités éventuelles ne pourront être déterminées qu’au terme des procédures prévues par la législation congolaise.

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