24 mars 2026
Av P.E. Lumumba
Médias Presse Société

RDC : RSF dénonce des détentions inhumaines de civils et journalistes dans des conteneurs à Goma

Un rapport accablant de Reporters sans frontières révèle l’existence de lieux de détention clandestins utilisés par le M23 à Goma, où civils et journalistes sont enfermés dans des conditions jugées inhumaines et dégradantes.
Des conteneurs transformés en prisons de fortune. 

Les témoignages recueillis décrivent des conditions extrêmes. “Cet endroit, c’est la vallée de la mort”, confie un ancien détenu.

Entassés parfois jusqu’à 80 personnes dans un espace exigu d’environ dix mètres carrés, les prisonniers vivent dans une promiscuité insoutenable, exposés à la chaleur suffocante le jour et au froid humide la nuit.

Tortures, privations et morts signalées
Les détenus n’ont droit qu’à une seule sortie quotidienne pour leurs besoins, généralement à l’aube. La nourriture, limitée à une ou deux rations par jour de “vungulé” (mélange de haricots et de maïs), est insuffisante. Plusieurs témoignages évoquent des actes de torture, notamment des coups de fouet infligés par des combattants du M23.

Selon RSF, certains prisonniers auraient perdu la vie dans ces conditions. D’autres sont transférés après plusieurs semaines vers des sites comme la prison centrale de Munzenze, également sous contrôle du groupe armé.

Des sites identifiés au cœur de Goma
L’enquête de RSF s’appuie sur des témoignages recoupés avec des images satellites et des contenus diffusés sur les réseaux sociaux. Plusieurs conteneurs ont été localisés dans l’enceinte de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu, dans le quartier Himbi.

Un autre site aurait été identifié près du Mont Goma, à proximité de la Radio-Télévision nationale congolaise. Ces lieux correspondent à des centres de détention informels déjà dénoncés par Amnesty International dans un rapport publié en mai 2025, évoquant tortures et exécutions sommaires.

Le M23 rejette les accusations

Contacté par RSF, le porte-parole de la coalition AFC/M23, Lawrence Kanyuka, a catégoriquement rejeté ces accusations. Il parle d’“informations totalement infondées” et d’une “campagne de propagande orchestrée par Kinshasa”.

Selon lui, le mouvement n’arrête pas de journalistes et garantit leur liberté de circulation dans les zones sous son contrôle.

Une presse sous forte pression

Malgré ces démentis, RSF souligne une dégradation continue des conditions de travail des journalistes dans l’est de la RDC. Depuis la prise de Goma en janvier 2025, le M23 aurait renforcé son contrôle sur les médias, imposant notamment des restrictions sur le vocabulaire utilisé, comme l’interdiction du terme “occupation”.

Environ une centaine de journalistes auraient fui la région pour échapper aux menaces et représailles. D’autres ont été victimes de violences, tandis que certains médias ont été pillés ou occupés.

Une situation alarmante pour la liberté de la presse

Dans son classement mondial 2025, RSF place la RDC à la 133e position sur 180 pays en matière de liberté de la presse, illustrant les nombreux défis auxquels sont confrontés les professionnels de l’information.

À travers cette enquête, l’organisation appelle à mettre fin à ces pratiques qu’elle qualifie de “déshumanisantes” et insiste sur la nécessité de protéger les journalistes afin qu’ils puissent exercer leur métier sans crainte.

La rédaction

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