26 janvier 2026
Av P.E. Lumumba
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Sud-Kivu : le Gouverneur Purusi reste prudent face au retrait annoncé du M23 à Uvira

Le gouverneur de la province du Sud-Kivu, le professeur Jean-Jacques Purusi Sadiki, a réagi ce dimanche 18 janvier aux communiqués de l’AFC-M23 annonçant le retrait de ses forces de la ville d’Uvira, après environ 40 jours d’occupation suite à une offensive menée en décembre. Tout en saluant cette annonce, l’autorité provinciale reste prudente et met en garde contre toute tentative de manipulation sécuritaire ou communautaire.

Selon le Gouverneur Purusi, les accords signés entre la République démocratique du Congo et le Rwanda sont clairs : le retrait de l’AFC-M23 doit être unilatéral et inconditionnel. « Il ne revient pas à cette rébellion de dicter un agenda ou d’imposer des préalables », a-t-il souligné.

Toutefois, l’autorité provinciale indique que les services de sécurité lui ont fait parvenir des renseignements selon lesquels plusieurs combattants du M23 seraient toujours présents dans la ville, dissimulés parmi les civils et lourdement armés. D’autres éléments se seraient repositionnés dans les environs immédiats, notamment à Sange (à 15 km d’Uvira), Luvungi, Kiliba, ainsi que sur les hauteurs stratégiques dominant la ville.

« Ils ne sont pas loin. Certains se sont installés sur les collines de Katongo, Kagongo, Makobola et Kivovo, avec des armes braquées sur Uvira. Cela constitue une violation flagrante du cessez-le-feu », a averti le gouverneur, évoquant également la présence présumée de mines antipersonnel visant à piéger les acteurs politico-militaires de retour.

Face à cette situation, Jean-Jacques Purusi appelle la population au calme et à la prudence, en attendant les consignes officielles des autorités civiles et militaires.

Cohabitation pacifique et lutte contre la manipulation

Le gouverneur a consacré une large partie de son message à la cohabitation entre les communautés du Sud-Kivu, dénonçant ce qu’il qualifie de « manipulation délibérée » orchestrée par le M23.

« Depuis des générations, les Bavira, Bafuliru, Babembe, Banyamulenge, Barega, Bashi et d’autres communautés vivent ensemble au Sud-Kivu. Nous n’avons pas de problème entre nous », a-t-il insisté.

Il affirme que des familles banyamulenge ont été contraintes de quitter Uvira par les rebelles pour nourrir un narratif de victimisation.

« On leur a dit : “si vous restez, vous serez en danger”. Certains ont été forcés, arme à la main, à partir. C’est une tactique de manipulation de la souffrance humaine », déplore-t-il.

Le gouverneur les invite à regagner leurs domiciles dès que les conditions sécuritaires seront réunies :

« Uvira est votre maison. Revenez vivre comme avant, gérer vos biens, vos écoles, vos églises et envoyer vos enfants à l’école. »

Sécurité et protection de toutes les communautés

Jean-Jacques Purusi exhorte les FARDC, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et leurs alliés à protéger toutes les communautés sans distinction, tout en évitant la stigmatisation ou les représailles.

« N’attaquez personne, n’insultez personne, ne tombez pas dans le piège de la division. La paix commence par le respect mutuel », a-t-il martelé.

Le gouverneur a annoncé le retour imminent des autorités provinciales à Uvira et la mise en place d’un cadre permanent de concertation pour la gestion de la crise sécuritaire au Sud-Kivu. Cette initiative, conduite par la Fédération des entreprises du Congo (FEC), la société civile et les ONG, vise à rassembler toutes les communautés pour un dialogue de paix.

Il appelle également les déplacés et réfugiés à ne pas retourner dans leurs domiciles tant que les instructions officielles n’auront pas été données :

« Ne tombez pas dans le piège et n’entrez pas encore. Nous allons vérifier la présence de mines et la sécurité des maisons avant votre retour. »

Pillages et destructions

Le gouverneur a dénoncé les pillages systématiques attribués au M23, citant notamment le vol de 300 tonnes de goudron à Kabimba, le démantèlement de la minoterie industrielle de Bwegera et le pillage de la sucrerie de Kiliba.

« Ils ne sont pas venus libérer, mais détruire, piller, humilier et tuer. Est-ce cela la libération ? », s’est-il interrogé.

Tout en saluant les efforts diplomatiques du président Félix Antoine Tshisekedi et de ses partenaires régionaux et internationaux, Jean-Jacques Purusi se veut rassurant : « Nous allons rentrer à Uvira, puis à Bukavu. Tout ce qui a été détruit sera reconstruit. Nous sommes un peuple résilient et uni », a-t-il conclu, appelant la population à rester vigilante et soudée.

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