La République démocratique du Congo fait face à une crise humanitaire de plus en plus complexe. Les conflits armés, les déplacements de populations, les épidémies et les catastrophes liées aux changements climatiques continuent de fragiliser des millions de personnes, particulièrement dans l’est du pays.
Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, l’extension des zones contrôlées par l’AFC/M23 a provoqué de nouveaux déplacements de populations, tandis que certains retours vers les zones d’origine se font dans un contexte encore marqué par l’insécurité. D’autres provinces, notamment l’Ituri, le Maniema et le Tanganyika, restent également confrontées à des violences armées, aux tensions communautaires et aux conséquences de celles-ci sur les populations civiles.
À cette situation sécuritaire s’ajoutent les violences basées sur le genre, la pauvreté, les déplacements prolongés et les effets des aléas climatiques. Les pluies diluviennes, les inondations et les glissements de terrain viennent régulièrement aggraver les conditions de vie des populations déjà vulnérables.
C’est dans ce contexte que le gouvernement congolais annonce le lancement d’une campagne de solidarité nationale. L’initiative sera officiellement lancée le mardi 25 août 2026 à Kinshasa par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi.
Présentant cette initiative lors du briefing de presse du jeudi 13 août, la ministre d’État, ministre des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, Ève Bazaiba Masudi, a expliqué que la campagne vise à renforcer l’entraide entre Congolais et à mobiliser des ressources en faveur des personnes affectées par les différentes crises.
« La solidarité nationale a comme objectif de redynamiser, de susciter à nouveau l’esprit et la culture d’entraide entre les Congolais, au-delà de ce que nous allons faire comme collecte des dons en nature ou en numéraire. Mais c’est aussi inculquer dans l’âme du Congolais l’amour, le patriotisme, les préoccupations, le souci de la vie de l’autre », a déclaré Ève Bazaiba.
Selon la ministre, la campagne, qui débutera à Kinshasa, devrait progressivement s’étendre à l’ensemble du territoire national. Elle ne sera pas limitée dans le temps et aura un caractère permanent.
Les conflits, principale source de vulnérabilité
Le gouvernement entend orienter les ressources collectées vers les populations affectées par différents types de crises. D’après Ève Bazaiba, les conflits armés représentent la principale source de vulnérabilité humanitaire en RDC.
« Les fonds récoltés, les dons récoltés vont servir aux conséquences de ce que nous appelons les chocs liés aux conflits. Parce qu’il suffit qu’un seul coup de feu soit tiré quelque part pour que des mouvements de population s’engagent », a-t-elle expliqué.
Elle estime que les conséquences des conflits représenteraient environ 60 % des situations de vulnérabilité prises en compte par la campagne. Cette catégorie englobe notamment les conflits armés, l’agression rwandaise évoquée par les autorités congolaises ainsi que certains conflits intercommunautaires.
Épidémies et catastrophes climatiques également ciblées
La campagne prendra également en compte les crises sanitaires et les catastrophes naturelles.
Selon la ministre des Affaires sociales, les épidémies représentent environ 25 % des situations de vulnérabilité, tandis que les aléas climatiques comptent pour les 15 % restants.
« Épidémies de toutes sortes. Nous avons connu des cas de Covid, c’est vrai, en termes de pandémie. Aujourd’hui, c’est Ebola, c’est vrai, mais il y a le choléra, le Mpox et tant d’autres, la rougeole pour les cas des enfants », a-t-elle indiqué.
Elle a également cité les pluies diluviennes, les inondations et les glissements de terrain parmi les principales catastrophes auxquelles les populations congolaises sont régulièrement confrontées.
Kinshasa veut compenser la baisse de l’aide extérieure
Le gouvernement justifie aussi cette campagne par la réduction de l’aide humanitaire extérieure traditionnellement accordée à la RDC.
Ève Bazaiba affirme que l’aide américaine représentait auparavant environ 70 % de l’aide humanitaire reçue par le pays, tandis que l’aide britannique, à travers UK Aid, en représentait environ 15 %. Selon elle, la suspension ou la diminution de ces financements a créé un déficit important dans la réponse humanitaire.
« Il est tout à fait normal que nous puissions nous prendre en charge pour servir notre peuple. Le Gouvernement n’a pas dérogé à ses responsabilités, mais en tant que responsable du secteur des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, je suis dans le devoir de stimuler, de rendre opérationnel le volet de solidarité nationale », a-t-elle déclaré.
La campagne devrait ainsi permettre de mobiliser les contributions des particuliers, des entreprises et d’autres organisations afin de renforcer les capacités nationales de réponse aux crises.
Des mécanismes de gestion et de contrôle annoncés
Pour assurer la gestion des contributions, le ministère annonce la mise en place de plusieurs mécanismes.
Les contributions financières seront notamment gérées à travers la Caisse de solidarité nationale, placée sous la tutelle du ministère des Affaires sociales et de l’Action humanitaire. Les dons en nature seront, pour leur part, pris en charge par la Direction générale de solidarité nationale et réinsertion.
Un comité de pilotage a également été institué par arrêté ministériel. Il devra notamment définir les priorités, suivre la mobilisation des ressources et orienter les dons en fonction des besoins identifiés sur le terrain.
« Nous avons mis des garde-fous. Le rôle de ce comité de pilotage, ce sera de donner les orientations, faire les points régulièrement, s’il échet, pour que nous puissions définir les priorités », a précisé Ève Bazaiba, ajoutant que les membres du comité travailleront à titre bénévole.
Une assistance qui ne concerne pas uniquement les déplacés
La campagne ne sera pas exclusivement destinée aux personnes déplacées par les conflits armés. Le gouvernement prévoit également de prendre en compte d’autres catégories de personnes considérées comme vulnérables.
Il s’agit notamment des veuves, des personnes âgées, des personnes vivant avec handicap, des enfants en situation de rue, des orphelins et des personnes indigentes.
Cette initiative intervient alors que les besoins humanitaires continuent de s’accroître en RDC. La situation est particulièrement préoccupante dans l’est du pays, où les conflits armés se combinent à des crises sanitaires et à des déplacements de populations.
La 17ᵉ épidémie d’Ebola, avec l’Ituri comme principal foyer de transmission, vient également alourdir les besoins humanitaires et sanitaires.
Des besoins humanitaires en forte hausse
En janvier 2026, le gouvernement congolais et la communauté humanitaire avaient lancé un appel de fonds de 1,4 milliard de dollars pour répondre aux besoins vitaux de millions de personnes. À cette période, près de 15 millions de Congolais étaient considérés comme ayant besoin d’une assistance humanitaire.
Face aux contraintes financières, les Nations unies et leurs partenaires avaient annoncé leur intention de concentrer l’aide sur 7,3 millions de personnes parmi les plus vulnérables.
Depuis, les estimations ont encore été revues à la hausse. Selon l’addendum au Plan de réponse humanitaire 2026, le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance est désormais évalué à 18,5 millions. Toutefois, compte tenu des ressources disponibles, seuls 10,8 millions de personnes devraient être ciblées par la réponse humanitaire.
Le financement nécessaire a également été réévalué et atteint désormais 2,13 milliards de dollars américains.
