Dans le groupement de Mbinga-Nord, territoire de Kalehe (Sud-Kivu), la situation humanitaire et sanitaire demeure préoccupante. À Mukwidja, représentants des peuples autochtones, acteurs de santé et personnes vivant avec handicap décrivent un quotidien marqué par la précarité, le manque d’accès aux soins et l’isolement.
Le président des peuples autochtones pygmées de Mukwidja, M. Zibika Kazage Héritier, alerte sur la dégradation avancée des habitations construites en 2018 par certaines organisations locales.
« Les maisons construites en 2018 par le PDMAK et l’EFIDEK se sont fortement détériorées. Aujourd’hui, plusieurs familles n’ont plus de toit et passent la nuit à la belle étoile », déplore-t-il.
Face à cette situation, il lance un appel pressant aux partenaires humanitaires : « Nous demandons une assistance urgente en logement. Cette précarité expose nos familles à des maladies et même à des décès. »
Au-delà du logement, l’accès aux soins reste un défi majeur pour ces communautés.
« Nos membres sont parfois refoulés des centres de santé parce qu’ils n’ont pas d’argent. Nous manquons aussi de médicaments », affirme-t-il.
Malgré leur statut de « premiers habitants du Congo », ces populations disent ne tirer aucun avantage concret de cette reconnaissance :
« Cette identité ne nous aide pas à vivre dignement aujourd’hui. Nous souffrons toujours autant. »
À Kinyezire, un centre de santé sous-équipé et enclavé
Du côté du centre de santé de Kinyezire, la situation n’est guère meilleure. M. Nganga Minane Muhumulera évoque un manque criant de ressources médicales.
« Nous faisons face à une pénurie de médicaments et de moustiquaires imprégnées, alors que le paludisme frappe durement dans la zone de santé de Minova. »
L’enclavement de la zone complique davantage la prise en charge des patients.
« Les routes sont impraticables à cause des éboulements. Les liaisons avec Bukavu sont coupées, ce qui rend le transport des malades très difficile, surtout la nuit. »
Il appelle également à un appui structurel : « Nous avons besoin d’une maternité digne pour améliorer les conditions d’accouchement. »
Le personnel soignant, lui aussi, travaille dans des conditions précaires : « Nous sollicitons l’octroi de numéros matricules au niveau national pour sécuriser notre statut professionnel. »
Les personnes handicapées dénoncent un oubli total
À Mukwidja, les personnes vivant avec handicap expriment un profond sentiment d’abandon. Leur représentant, M. Kanane Muhumulera Julien, compare leur situation à celle d’autres localités du territoire de Kalehe.
« Nous sommes oubliés par le gouvernement et les ONG, contrairement à Nyabibwe ou Nyamasasa. »
Les difficultés de mobilité aggravent leur vulnérabilité : « Les équipements coûtent cher. Moi-même, j’ai acheté mes béquilles à 50 dollars. Aujourd’hui, je ne peux plus me le permettre. »
Il plaide pour une assistance concrète : « Nous demandons une distribution gratuite de béquilles pour ceux qui en ont besoin. »
Enfin, il insiste sur la nécessité d’une meilleure organisation : « Il faut un recensement des personnes handicapées et la délivrance de cartes d’identité spécifiques pour faciliter leur prise en charge. »
Un appel urgent à l’action
Face à l’accumulation des besoins logement, santé, accessibilité et reconnaissance les communautés de Mukwidja appellent à une mobilisation urgente des autorités et des partenaires humanitaires.
Jackson Maliyabwana
